Optimisation de tournées et CO2 : 9 leviers chiffrés pour le transport routier en 2026
L'essentiel en 6 chiffres
- Le secteur des transports a émis 124,9 Mt CO2e en 2024, premier poste national devant l'industrie (SDES, d'après le rapport Secten du CITEPA).
- Les poids lourds représentent 27,14 Mt CO2e, soit 21,7 % des émissions du secteur, loin derrière les voitures particulières (53,2 %).
- 17,25 % des kilomètres des poids lourds français se font à vide en 2025, ratio calculé sur les véhicules-kilomètres publiés par Eurostat.
- Un ensemble articulé de 40 à 44 tonnes au gazole émet 75,5 grammes de CO2e par tonne-kilomètre (Base Empreinte de l'ADEME, version 23.6 de juin 2026).
- Le carburant pèse 20,9 % du coût de revient d'un 44 tonnes en longue distance, pour 29,6 litres aux 100 kilomètres (enquête longue distance 2025 du Comité national routier).
- Côté outils, un logiciel d'optimisation de tournées annonce jusqu'à 15 % de réduction des coûts de transport, quand AntsRoute affiche publiquement 34 à 74 euros hors taxes par mois et par véhicule.
Ce que dit vraiment l'inventaire national
Le rapport Secten édition 2026 du CITEPA, publié le 16 juin 2026, situe les émissions nationales hors puits de carbone à 367 Mt CO2e en 2024, avec une estimation de 359 Mt pour 2025. Le transport routier tous véhicules confondus pèse 117 Mt CO2e, soit près d'un tiers du total.
Le détail par catégorie, publié par le SDES dans les Chiffres clés des transports édition 2026, est instructif : voitures particulières 66,46 Mt, poids lourds 27,14 Mt, véhicules utilitaires légers 19,27 Mt, aérien national 4,22 Mt. Entre 1990 et 2024, les émissions du transport routier ont augmenté de 1 %, quand la plupart des autres secteurs baissaient.
1. Mesurer le taux de parcours à vide
Le SDES ne publie pas de taux de parcours à vide. Il faut le reconstituer à partir des véhicules-kilomètres transmis par la France à Eurostat : 2 975 millions de véhicules-kilomètres à vide sur 17 251 millions au total en 2025, soit 17,25 %. Le chiffre décroît lentement (17,67 % en 2023, 17,53 % en 2024).
L'écart entre compte propre et compte d'autrui, quatre points, dit l'essentiel : la massification et le regroupement de flux sont un métier.
2. Distinguer les deux familles de facteurs d'émission
Confusion fréquente. La Base Empreinte de l'ADEME publie des facteurs par catégorie de véhicule sans taux de chargement associé : 75,5 gCO2e/t.km pour un articulé 40-44 tonnes, 112 g pour un porteur 26-32 tonnes, 401 g pour un porteur 3,5-7,5 tonnes.
Les valeurs par défaut de niveau 1 du ministère, elles, intègrent explicitement les trajets à vide et donnent 86 gCO2e/t.km pour un ensemble articulé 40 tonnes en longue distance, 102 g en groupe froid, 180 g en messagerie. Ce sont ces dernières qui servent à l'information GES réglementaire quand l'entreprise ne calcule pas ses propres moyennes.
3. Connaître l'obligation d'information GES
L'article L. 1431-3 du code des transports impose à toute personne qui commercialise ou organise une prestation de transport d'informer le bénéficiaire de la quantité de gaz à effet de serre émise. Aucun seuil d'effectif : le ministère évalue à 85 000 le nombre d'entreprises concernées. Depuis le 1er janvier 2025, le manquement est passible d'une amende administrative pouvant atteindre 3 000 euros.
Point souvent ignoré : depuis le 1er juillet 2019, une entreprise de 50 salariés ou plus ne peut plus utiliser les valeurs par défaut de niveau 1 et doit calculer au minimum en niveau 2, sur ses propres moyennes de flotte.
4. Anticiper CountEmissionsEU sans céder à l'urgence
Le règlement (UE) 2026/1030 du 29 avril 2026 harmonise la comptabilisation des émissions des prestations de transport à l'échelle européenne, en s'alignant sur la norme EN ISO 14083:2023. Il est entré en vigueur le 1er juin 2026 mais n'est applicable qu'à partir du 2 décembre 2030. Le dispositif français devra s'y aligner d'ici là. Rien n'oblige à changer de méthode avant.
5. Travailler le taux de remplissage avant l'itinéraire
C'est le constat le plus solide de l'inventaire 2024 : le CITEPA attribue les baisses les plus importantes aux facteurs organisationnels et logistiques, notamment les taux de remplissage et l'évolution des parts modales. Un kilomètre supprimé émet toujours moins qu'un kilomètre mieux conduit.
6. Combiner logiciel et formation, jamais l'un sans l'autre
L'ADEME chiffre le gain d'une télématique embarquée de suivi des consommations à 5 %, avec un temps de retour inférieur à un an, pour un coût de pose inférieur à 100 euros par véhicule et une location inférieure à 30 euros par véhicule et par mois. La réserve est décisive et rarement citée : « cette solution ne réduit les consommations que si elle est couplée à une formation des conducteurs à l'éco-conduite ».
Une première formation à l'éco-conduite génère 5 à 15 % de gain immédiat, moyenne 10 %, mais ces gains s'estompent jusqu'à 80 % dans l'année qui suit sans mesure d'accompagnement.
7. Ne pas négliger les gestes de base
Le contrôle du gonflage rapporte 1 à 2,5 % de carburant selon le gabarit. Un sous-gonflage d'un bar augmente la résistance au roulement de 30 % et la consommation de 0,23 litre aux 100 kilomètres. La Commission européenne estimait qu'une remise à la bonne pression du parc européen économiserait 2,5 % de carburant. Un outil de suivi de maintenance apporte 2 % supplémentaires, avec un retour sur investissement inférieur à un an.
8. Rapporter le CO2 à l'euro
Le CNR situe le prix de revient annuel d'un ensemble articulé de 44 tonnes à 170 802 euros pour 106 080 kilomètres, soit 1,6101 euro du kilomètre en conditions de décembre 2025. La rentabilité nette du panel ressort à 1,1 %. Sur un tel équilibre, les 5 % de carburant que vise un dispositif de suivi représentent environ un point de coût de revient. Le sujet cesse d'être uniquement environnemental.
9. Choisir un outil dont on connaît le prix
Le marché français de la planification de tournées est structurellement opaque. Sur onze acteurs vérifiés en août 2026, quatre seulement affichent un tarif.
| Acteur | Prix public affiché | Unité | Positionnement |
|---|---|---|---|
| Sinari Optim | Aucun (module de la suite Sinari) | Sur devis | Éditeur français, moteur intégré au TMS |
| AntsRoute (groupe Sinari) | 34 € / 54 € / 74 € HT | Par mois et par véhicule | Dernier kilomètre, intervention, services à domicile |
| Mapo (groupe Woop) | 30 € / 45 € / 52 € HT | Par mois et par véhicule | Planification et sectorisation |
| OptimoRoute | 39 $ / 49 $ | Par mois et par chauffeur | Routage poids lourds et matières dangereuses |
| Vroom Premium (Verso) | Dès 0,005 €, minimum 20 €/mois | Par tâche optimisée | Solveur open source, offre API |
| PTV Route Optimiser | Aucun | Sur devis | Contraintes de conduite et péages européens |
| ORTEC | Aucun | Sur devis | Optimisation supply chain et chargement 3D |
| Descartes | Aucun | Sur devis | Suite large, pôle route planning |
| Urbantz | Aucun | Sur devis | Orchestration last-mile multi-transporteurs |
Tarifs vérifiés en août 2026. Confirmez auprès de chaque fournisseur.
À noter, AntsRoute a rejoint le groupe Sinari en janvier 2025. Shippeo, souvent cité dans les mêmes comparatifs, relève d'une autre catégorie : la visibilité temps réel, pas la planification.
Les erreurs à éviter
- Mélanger les facteurs ADEME et ministériels dans un même calcul : les premiers n'intègrent pas les trajets à vide, les seconds oui.
- Croire que le décret 2024-143 a réformé l'information CO2 : ce texte porte sur les intempéries dans le Nord et le Pas-de-Calais. Le cadre applicable reste le décret du 26 avril 2017.
- Attendre 2030 pour se mettre en conformité alors que l'obligation française s'applique déjà, sans seuil, avec une amende de 3 000 euros.
- Déployer un boîtier sans former les conducteurs, ce que l'ADEME identifie comme la première cause de gains non réalisés.
- Présenter un taux de parcours à vide comme une donnée officielle : il se calcule, il ne se publie pas.
FAQ
Quelle part du CO2 français vient des poids lourds ?
Les poids lourds ont émis 27,14 Mt CO2e en 2024, soit 21,7 % des émissions du secteur transport. Rapporté au total national de 369 Mt du même jeu de données, cela représente environ 7,3 %, un calcul et non un chiffre publié.
Toutes les entreprises de transport doivent-elles afficher le CO2 ?
Oui. L'article L. 1431-3 ne prévoit aucun seuil d'effectif. Toute personne qui commercialise ou organise une prestation de transport dont l'origine et la destination sont en France doit informer le bénéficiaire des émissions générées.
Combien un logiciel de planification fait-il réellement économiser ?
L'ADEME retient 5 % de carburant pour une télématique de suivi des consommations, à condition d'y associer une formation à l'éco-conduite. Les éditeurs annoncent des gains supérieurs, sans méthodologie publiée.
Quel est le facteur d'émission d'un 44 tonnes ?
75,5 grammes de CO2e par tonne-kilomètre selon la Base Empreinte de l'ADEME pour un articulé 40 à 44 tonnes au gazole B7, ou 86 grammes selon les valeurs par défaut du ministère, qui intègrent les trajets à vide.
Le règlement CountEmissionsEU s'applique-t-il déjà ?
Non. Le règlement (UE) 2026/1030 est entré en vigueur le 1er juin 2026 mais n'est applicable qu'à partir du 2 décembre 2030. Les méthodes nationales restent en vigueur jusque-là.
En résumé
Le transport routier de marchandises émet 27,14 Mt CO2e par an en France et roule à vide sur plus de 17 % de ses kilomètres. Les gains les plus documentés ne viennent ni du carburant alternatif ni du renouvellement de parc, mais de l'organisation : remplissage, regroupement de flux, suivi des consommations couplé à la formation. L'obligation d'information GES s'applique déjà à toutes les entreprises, sans seuil, avec une amende de 3 000 euros à la clé.
Partager cet article