Émissions de gaz à effet de serre en France : une baisse de 2,8 % attendue en 2026, mais insuffisante pour 2030
Les chiffres sont tombés à la mi-octobre : d'après le baromètre prévisionnel du Citepa (Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique), les émissions de gaz à effet de serre de la France devraient s'établir à 349,4 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2eq) en 2026, contre 359,4 Mt en 2025. Soit une baisse d'environ 2,8 % sur un an.
La tendance reste orientée à la baisse, mais son rythme ralentit et elle ne suffit pas à tenir la trajectoire fixée pour 2030. Décryptage des chiffres, secteur par secteur, et de ce qu'ils impliquent pour les acteurs économiques.
Un premier semestre en net recul, un second plus timide
Sur les six premiers mois de l'année, les émissions ont reculé de 4,1 %, à 179,7 Mt CO2eq. Le second semestre devrait en revanche afficher une baisse beaucoup plus modeste, de l'ordre de 1,3 % par rapport à 2025 (environ -1,1 % au troisième trimestre et -1,5 % au quatrième).
Ce ralentissement montre qu'une partie de la baisse observée en début d'année tient à des facteurs conjoncturels (prix de l'énergie, conditions météorologiques) plutôt qu'à des transformations structurelles durables.
Transports : une baisse portée par le prix du gazole
Premier secteur émetteur, avec environ un tiers des émissions nationales, les transports devraient voir leurs émissions diminuer de 4,8 % en 2026, pour atteindre 117 Mt CO2eq. Le premier semestre affichait déjà un recul de 4,5 %.
Cette baisse s'explique principalement par la diminution des ventes de gazole, dans un contexte de hausse des prix liée au conflit au Moyen-Orient. Le transport routier concentre l'essentiel du recul. À l'inverse, les émissions de l'aviation domestique restent stables et celles de l'aviation internationale devraient progresser de 2,5 %.
Point de vigilance : une baisse obtenue sous l'effet du prix est par nature réversible. Si les cours se détendent, la consommation peut repartir sans que le parc de véhicules ou les pratiques de mobilité aient réellement changé.
Bâtiments : le recul le plus marqué
Le secteur résidentiel et tertiaire enregistre la plus forte baisse relative : -12 % au premier semestre, grâce à une moindre consommation de gaz naturel pour le chauffage, l'eau chaude sanitaire et la cuisson. Malgré un léger rebond attendu au second semestre, la baisse annuelle est estimée à 5,9 %, soit 51,7 Mt CO2eq.
Ce résultat combine l'effet de la rénovation énergétique, du remplacement progressif des chaudières fossiles et de facteurs climatiques, sans qu'il soit possible à ce stade de mesurer précisément la part de chacun.
Industrie de l'énergie : une hausse liée à la sécheresse
C'est la mauvaise surprise de l'année. Les émissions de l'industrie de l'énergie devraient augmenter de 3,6 %, à 32,5 Mt CO2eq, soit la première hausse après plusieurs années de baisse.
Deux causes sont identifiées :
- un recours accru aux centrales à gaz pour répondre à une forte demande estivale ;
- une production hydroélectrique en baisse en raison de la sécheresse.
Le détail est contrasté : les émissions des réseaux de chaleur reculent de 9,9 %, tandis que la production d'électricité et le raffinage progressent légèrement. Cet épisode illustre un enjeu souvent sous-estimé : le changement climatique fragilise lui-même les moyens de production bas-carbone, notamment l'hydraulique, et peut entraîner un recours ponctuel aux énergies fossiles.
Agriculture et industrie manufacturière : des baisses modérées
Les émissions agricoles devraient reculer de 1,3 % sur l'année. La diminution du méthane, liée à la réduction du cheptel bovin, est en partie compensée par une hausse du protoxyde d'azote associée à l'utilisation d'engrais.
L'industrie manufacturière affiche une baisse de 2,4 %, avec une exception notable : la métallurgie, dont les émissions progressent de 9 % en raison d'un recours accru aux combustibles minéraux.
Un niveau qui dépasse le budget carbone de la SNBC 3
La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) fixe un niveau annuel moyen de 342 Mt CO2eq pour la période 2024-2028. Avec 349,4 Mt estimées pour 2026, la France se situe légèrement au-dessus de ce plafond.
L'écart peut sembler limité, mais il pèse doublement : il doit être compensé sur les années suivantes pour respecter le budget carbone de la période, et le rythme de baisse doit s'accélérer nettement pour atteindre les objectifs 2030 puis la neutralité carbone en 2050. Les transports et l'énergie sont identifiés comme les secteurs où l'effort supplémentaire est le plus nécessaire.
Ce que ces chiffres impliquent pour les entreprises et les collectivités
Au-delà du bilan national, ces tendances donnent plusieurs repères utiles aux acteurs de terrain :
- Mesurer avant d'agir : un bilan des émissions de gaz à effet de serre (BEGES) ou un bilan carbone permet d'identifier les postes réellement prioritaires plutôt que de raisonner sur des moyennes nationales.
- Réduire la dépendance aux énergies fossiles : la baisse observée dans les bâtiments montre l'effet concret de la sortie du gaz pour le chauffage et de l'amélioration de l'enveloppe thermique.
- Sécuriser les baisses conjoncturelles : une réduction des déplacements ou des consommations obtenue sous l'effet du prix doit être transformée en changement durable (plan de mobilité, électrification des flottes, optimisation logistique).
- Intégrer l'adaptation au changement climatique : sécheresses et tensions sur la ressource en eau affectent déjà la production d'énergie. Les projets industriels et d'aménagement doivent anticiper ces risques, y compris sur la qualité des sols et des eaux.
En résumé
La France poursuit la baisse de ses émissions en 2026, avec un recul attendu de 2,8 %. Les bâtiments et les transports tirent la tendance, l'agriculture et l'industrie progressent plus lentement, et l'énergie repart à la hausse sous l'effet de la sécheresse. Le niveau atteint reste au-dessus du budget de la SNBC 3 : la trajectoire est la bonne, mais la vitesse ne l'est pas encore.
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