Faits : janvier – début juillet 2026
Enseignements clés
- Une végétalisation morte et un complexe qui a glissé. Selon Hugo Kasper, conducteur de travaux chez Schoenenberger, interrogé par notre rédaction en octobre 2026, l'ancien sédum n'était plus en vie et l'ancienne étanchéité a basculé vers le bas faute de système de retenue ; il indique également que des fuites localisées affectaient l'ancienne étanchéité.
- Un support bois conservé. La charpente bois, refaite il y a une dizaine d'années selon lui, était en très bon état ; la reprise a porté sur l'étanchéité, la retenue et la végétalisation.
- Une retenue ancrée dans la charpente. Sur cette pente de 68 %, le nouveau système conçu par SOPREMA pour les fortes pentes est fixé à la charpente par des potelets d'ancrage, fournis par SOPREMA et posés par Schoenenberger.
- Un arrosage qui n'existait pas. L'ancien sédum n'était pas irrigué ; la nouvelle toiture reçoit des rouleaux précultivés et un arrosage automatique.
- Du cuivre sur mesure. Le barrage n'étant pas rectiligne, Schoenenberger a façonné 300 ml de couvertines en cuivre sur mesure, pliées dans l'atelier du groupe à Colmar.
- Une chaleur précoce au pire moment. Les rouleaux ont été maintenus en place pendant l'épisode de chaleur de fin mai 2026, avec un arrosage supplémentaire par le dessus pour permettre leur enracinement.
Le barrage Vauban, pont-écluse fortifié et monument historique
Un ouvrage du XVIIe siècle sur l'Ill. Selon l'article publié par Batiactu, le barrage Vauban, ou Grande écluse de fortification, est l'un des derniers vestiges des fortifications conçues par Vauban et mises en œuvre par l'ingénieur militaire Jacques Tarade à la fin du XVIIe siècle, après le rattachement de Strasbourg à la France en , et l'un des trois derniers ponts-écluses fortifiés inspirés du modèle de Vauban. Sa terrasse panoramique a été aménagée en -.
Un monument partiellement inscrit. Le barrage Vauban n'est pas classé : il est partiellement inscrit au titre des monuments historiques, d'après la notice de la base Mérimée, par arrêtés de pour l'écluse et de pour les parois du système fortifié de vannes d'eau.
Les acteurs de la réfection de la toiture. Le maître d'ouvrage est la Ville de Strasbourg, Direction Architecture et Patrimoine, avec Geoffrey Wink pour chef de projet. La maîtrise d'œuvre est assurée par Bertrand Fleck, architecte du patrimoine, mandataire d'une équipe comprenant ÆDIFICIO et SIB Études, pour une mission menée de à , comme l'indique la page projets de l'agence Bertrand Fleck. Selon l'avis d'attribution du marché, le lot 1, étanchéité, ouvrages en cuivre et végétalisation, a été notifié le à l'Entreprise Charles Schoenenberger (Groupe Schoenenberger), où Hugo Kasper, conducteur de travaux, a piloté le chantier, comme il l'a lui-même relaté dans une publication professionnelle. SOPREMA, via son activité de toitures végétalisées Sopranature, est intervenue en sous-traitance pour la végétalisation et a fourni le système de retenue.
Un coût consolidé non confirmé. Le coût consolidé de l'opération n'a pas pu être confirmé par la rédaction.
État initial de la toiture : un sédum mort et un complexe qui avait glissé
Une végétalisation qui n'était plus vivante. Hugo Kasper décrit l'état de départ : « La végétalisation n'était vraiment pas en bon état ; honnêtement, elle n'était plus du tout vivante. » Il s'agissait, selon lui, d'une végétalisation classique avec « un sédum ».
Des fuites localisées sur l'ancienne étanchéité. Selon Hugo Kasper, des fuites localisées affectaient l'ancienne étanchéité. Il précise qu'elle « était encore étanche, mais nécessitait néanmoins une rénovation, car des fuites apparaissaient à certains endroits ».
Le défaut principal tenait à la pente de 68 %. D'après le conducteur de travaux, l'ancien complexe a glissé : « L'ancienne étanchéité a basculé vers le bas, faute de système de retenue. »
Une charpente bois en bon état. Le conducteur de travaux souligne : « La charpente bois, en revanche, est encore en très bon état. » Selon lui, le support a été refait il y a une dizaine d'années ; l'année exacte et l'entreprise intervenue ne sont pas connues.
Pourquoi tout déposer et ajouter une retenue et un arrosage
Une dépose complète de l'ancien complexe. Hugo Kasper, conducteur de travaux chez Schoenenberger, résume : « J'ai arraché le complexe existant de A à Z : toute la terre, toutes les équerres, absolument tout. Nous avons également arraché l'étanchéité. »
Un système conçu pour les fortes pentes, fixé à la charpente. Selon lui, le système de retenue mis en œuvre est « un dispositif assez complexe, fixé directement à la charpente. C'est un système pour fortes pentes. » Il s'agit, d'après les données techniques de SOPREMA, d'un système de retenue de la végétalisation en forte pente, décrit pour des pentes de 20 à 100 % et détaillé plus bas. Le produit, précise-t-il, est « un produit qu'ils nous ont vendu », SOPREMA ayant travaillé en sous-traitance de Schoenenberger.
Des rouleaux précultivés et un arrosage, absents auparavant. Le conducteur de travaux compare l'ancien et le nouveau système : « Nous avons cette fois mis en place un véritable système de rouleaux précultivés, associé à un arrosage. Selon moi, cela n'a rien à voir. » Interrogé sur l'existence d'un arrosage avant travaux, il répond : « Non, absolument pas. » Sur ce chantier, un arrosage automatique goutte-à-goutte a été installé : d'après les données techniques établies par SOPREMA pour le projet, le fabricant préconise un arrosage automatique pour les toitures végétalisées en pente à partir de 20 %, seuil d'entrée du domaine d'emploi de son système en pente.
La végétalisation, sans contrainte patrimoniale particulière. D'après Hugo Kasper, l'irrigation n'a fait l'objet d'aucune contrainte particulière, et « pour la végétalisation proprement dite, nous disposions de toutes les autorisations nécessaires à la mise en œuvre de ce système ». Les ouvrages en cuivre relevaient plutôt, selon lui, d'un souhait de l'architecte du projet.
Q&A — Sur une pente de 68 %, pourquoi une simple revégétalisation ne suffisait-elle pas ?
Au barrage Vauban, l'ancien complexe végétalisé a glissé vers le bas parce qu'aucun système ne retenait les terres, selon Hugo Kasper. Selon le diagnostic rapporté par Hugo Kasper, une simple revégétalisation n'aurait pas traité l'absence de retenue du complexe. La solution retenue reprend toute la toiture : étanchéité refaite, potelets d'ancrage fixés à la charpente au travers de l'étanchéité, système de retenue des terres pour fortes pentes accroché à ces potelets, puis substrat, arrosage automatique et rouleaux précultivés. L'arrosage, inexistant auparavant, suit la préconisation de SOPREMA pour ses toitures végétalisées en pente à partir de 20 %. Cette séquence est propre à ce site ; elle ne vaut pas règle générale sans étude de la pente, du support et des charges.
Dépose et réfection de l'étanchéité par Schoenenberger
Un complexe bitumineux avec finition anti-racines. Après la dépose, Schoenenberger a refait l'étanchéité sur les voliges avec un complexe en bitume élastomère. Toutes les pièces disponibles concordent sur la couche de finition : une feuille Sopralène Flam Jardin CAP, armée de polyester non-tissé, dont le liant contient des agents anti-racines et dont la surface est autoprotégée par des paillettes d'ardoise. Hugo Kasper précise que l'étanchéité est réalisée en trois couches : Soprafix HP, Elastophène Flam 25 et Sopralène Flam Jardin CAP. D'après Schoenenberger, les produits mis en œuvre comprennent aussi un enduit d'imprégnation à froid Sopradère, un voile Sopravoile 100 et des équerres de renfort Sopralène.
Des potelets fournis par SOPREMA, posés par Schoenenberger. Hugo Kasper précise : « Les potelets d'ancrage nous ont été fournis par SOPREMA, et nous les avons installés. » Les potelets sont fixés directement sur les chevrons, et non sur les voliges.
Des potelets traversant l'étanchéité. Selon SOPREMA, chaque potelet métallique est fixé directement sur les chevrons, au travers des voliges étanchées, par quatre vis auto-foreuses dimensionnées par l'étancheur. Selon les prescriptions de SOPREMA, sa platine d'embase est prise entre deux chapes d'étanchéité, puis habillée par le procédé Flashing Jardin : un voile de renfort collé sur la dernière couche de Sopralène Flam Jardin avec 500 g/m² de Flashing Jardin, puis deux couches de Flashing Jardin de 800 g/m² chacune.
Retenue des terres, substrat et rouleaux précultivés posés par SOPREMA
SOPREMA a pris le relais pour la végétalisation. « SOPREMA a ensuite pris le relais avec son sous-traitant », indique Hugo Kasper, conducteur de travaux chez Schoenenberger. L'intervention de SOPREMA, précise-t-il, « a duré de deux mois et demi à trois mois ».
L'ordre de pose de la végétalisation. Selon lui, SOPREMA a d'abord posé le système de retenue des terres fixé à la charpente, puis le substrat et le système d'arrosage, avant de venir poser les rouleaux précultivés : « Ils ont mis en place le substrat et le système d'arrosage, puis sont venus poser les rouleaux. »
La composition du système de retenue. D'après les données techniques de SOPREMA, le système en pente sur support bois se compose, du bas vers le haut : des profils métalliques longitudinaux de 60 × 30 mm, livrés en 2 m et ajustés à 1,60 m, vissés sans espacement sur les potelets par une équerre en acier inox et un boulon M12 × 30 mm ; un géotextile d'accrochage Sopratex 650, déroulé dans le sens de la pente, cannelures vers le haut, aux lés soudés à l'air chaud avec 10 cm de recouvrement ; une trame alvéolaire qui maintient le substrat sur la pente, fixée aux profils par des câbles inox et des serre-câbles ; un arrosage goutte-à-goutte ; un substrat Sopraflor X de 18 cm d'épaisseur tassée, posé directement sur le géotextile ; enfin des rouleaux précultivés Toundra Flore sur trame renforcée, déroulés dans le sens de la pente et fixés entre eux par des colliers Rilsan.
Une palette végétale élargie. Selon SOPREMA, la gamme Toundra Flore associe une base de sédums à des plantes vivaces à petit développement, des graminées et des bulbeuses, pour une hauteur de végétation de 10 à 30 cm. Toujours selon SOPREMA, la végétalisation est menée jusqu'au relevé d'acrotère. SOPREMA présente le chantier, environ 900 m² de toitures, dans sa référence de chantier publiée en ligne.
Les rives et l'arrosage. Des bandes pare-graviers, d'une épaisseur minimale de 10/10e de mm et d'au moins 20 cm de hauteur, soudées sur l'étanchéité par des plastrons bitume, bordent la zone végétalisée ; un filtre Soprafiltre posé verticalement le long de ces bandes retient les fines du substrat, selon SOPREMA. D'après Schoenenberger, l'arrosage automatique est piloté par un programmateur Hunter Pro-HC associé à un pluviomètre sans fil.
Couvertines en cuivre façonnées sur mesure
Un barrage qui n'est pas rectiligne. Hugo Kasper, conducteur de travaux chez Schoenenberger, met ce point en avant : « Nous avons mis en place des couvertines en cuivre réalisées sur mesure, car le barrage n'est pas parfaitement rectiligne ; l'avancée de la petite casquette a, elle aussi, été entièrement réalisée sur mesure. »
Un façonnage en atelier à Colmar. Selon Schoenenberger, 300 ml de couvertines ont été pliés dans l'atelier CCS FAB du groupe, à Colmar, à partir de feuilles de cuivre, puis posés sur site selon un plan de calepinage, avec des solins engravés en cuivre. Le conducteur de travaux le résume : « Nous les avons pliées en atelier à Colmar, puis acheminées sur le chantier. »
Un chantier au cœur de la Petite France : public, approvisionnements, grutages
Une base vie de chaque côté du barrage. Schoenenberger a obtenu de la Ville de Strasbourg une occupation du domaine public. Hugo Kasper, conducteur de travaux chez Schoenenberger, explique : « J'ai déposé une demande d'occupation du domaine public, ce qui nous a permis d'installer une base vie de chaque côté. »
Le passage sous le barrage maintenu ouvert. Selon lui, l'accès sous le barrage est resté libre « uniquement pour permettre aux piétons et aux cyclistes de circuler », sauf lors des grutages : « Les grutages avaient lieu environ une fois par semaine. » L'accès était alors fermé deux à trois heures, et complètement pendant une semaine du chantier, selon lui.
Un accès fermé au début des travaux. Selon un communiqué de la Ville de Strasbourg, repris par les Dernières Nouvelles d'Alsace le , l'accès au barrage a été fermé jusqu'au pour le montage des échafaudages place Hans-Jean-Arp, et la terrasse panoramique est restée fermée pendant les travaux.
Trois contraintes principales. De retour sur l'organisation, Hugo Kasper énumère trois contraintes : « la coactivité avec un public très nombreux, en raison de l'affluence touristique, les approvisionnements en centre-ville de Strasbourg et, surtout, l'échéance imposée par la météo ».
Un épisode de chaleur précoce pendant l'enracinement des rouleaux
Un calendrier serré. Le chantier a commencé début janvier 2026 et s'est achevé début juillet 2026, alors que, selon Hugo Kasper, conducteur de travaux chez Schoenenberger, l'objectif initial visait une fin vers début juin.
Une chaleur inédite pour un mois de mai. D'après le bilan publié par Météo-France, la France a connu du 21 au 30 mai 2026 un épisode de chaleur durable et intense, inédit par sa précocité. Le conducteur de travaux le décrit ainsi : « Lorsque nous avons installé les premiers rouleaux, nous avons subi trois semaines de canicule. »
Des rouleaux laissés en place et arrosés par le dessus. Les rouleaux n'ont pas été reposés. « Nous avons ajouté un arrosage supplémentaire par le dessus », explique Hugo Kasper, qui le justifie : « Il fallait que les rouleaux s'enracinent dans le substrat ; avec la canicule, sans cet arrosage, nous n'y serions pas parvenus. » Cet arrosage supplémentaire a duré deux mois, selon Hugo Kasper. Le planning de l'entreprise prévoyait la pose des premiers rouleaux le .
Avant et après la réfection de la toiture du barrage Vauban
| Avant travaux | Après travaux | |
|---|---|---|
| Végétalisation | Sédum classique, mort selon Schoenenberger | Rouleaux précultivés Toundra Flore sur 18 cm de substrat Sopraflor X |
| Retenue des terres | Aucune ; complexe glissé vers le bas | Potelets fixés sur les chevrons, profils 60 × 30 mm, géotextile, trame alvéolaire sur câbles inox |
| Arrosage | Inexistant | Arrosage automatique, plus arrosage supplémentaire pendant la chaleur |
| Étanchéité | Fuites localisées selon Schoenenberger | Complexe bitumineux refait en trois couches : Soprafix HP, Elastophène Flam 25 et Sopralène Flam Jardin CAP (finition anti-racines) |
| Rives | — | 300 ml de couvertines en cuivre sur mesure, solins engravés |
Ce que retient le chantier du barrage Vauban
Reprendre le complexe plutôt que le réparer. L'ancienne végétalisation était morte et le complexe avait glissé faute de retenue ; Schoenenberger a donc tout déposé jusqu'aux voliges et refait une étanchéité bitumineuse à finition anti-racines, en conservant une charpente bois jugée en très bon état par Hugo Kasper, conducteur de travaux chez Schoenenberger.
Ancrer la retenue dans la structure sur une pente de 68 %. La végétalisation repose sur un système de retenue fixé à la charpente par des potelets traversant l'étanchéité, des profils métalliques et une trame alvéolaire sur câbles inox, complété par un arrosage automatique qui n'existait pas auparavant.
Adapter les ouvrages en cuivre à un ouvrage irrégulier. Le barrage n'étant pas rectiligne, les couvertines ont été façonnées sur mesure, en atelier, puis posées selon un plan de calepinage.
Gérer un chantier en site touristique et sous contrainte météo. Bases vie de part et d'autre, passage piéton et cyclable maintenu hors grutages, et arrosage supplémentaire des rouleaux pendant l'épisode de chaleur de fin mai 2026 ont permis de mener la végétalisation à son terme.
Une satisfaction rapportée par l'entreprise. Hugo Kasper conclut : « Nous sommes très fiers d'avoir réalisé ce chantier, qui s'est très bien déroulé. La Ville de Strasbourg est, elle aussi, très satisfaite du résultat. » Cette appréciation est celle de l'entreprise et ne constitue pas une évaluation indépendante ; aucune mesure de reprise végétale ni de comportement à long terme de la toiture n'est disponible à ce jour. Les valeurs citées (pente, durées) sont propres au barrage Vauban et ne sont pas transposables sans étude.