Recyclage des plastiques industriels en circuit court : retour d'expérience IPARLA
Contexte et verrous identifiés
La gestion des déchets plastiques en sortie de production industrielle constitue un enjeu majeur pour les PME et ETI françaises. En France, seulement 27 % des plastiques industriels font aujourd'hui l'objet d'une valorisation matière. Ce taux s'explique notamment par deux contraintes structurelles : la dispersion des gisements — les opérateurs de recyclage conditionnant généralement leur intervention à un volume minimal de 10 à 15 tonnes — et la complexité de caractérisation des flux sortants, qui mêlent différentes typologies de polymères (thermoplastiques, thermodurcissables, composites) difficiles à trier en sortie de ligne.
En l'absence de filière adaptée à ces volumes intermédiaires, l'enfouissement et l'incinération demeurent les débouchés par défaut, en contradiction directe avec les objectifs de la loi AGEC et les engagements de décarbonation de l'industrie manufacturière.
Le projet IPARLA : une réponse territoriale et mutualisée
Initié en mars 2024 et porté par l'association Pays Basque Industries (PBI), le projet IPARLA (Industriako Plastikoen Arraerabilera — revalorisation du plastique industriel en basque) repose sur une logique de mutualisation des gisements à l'échelle d'un bassin industriel. Le consortium réunit quatre entreprises : AGEC, EBL Plasturgie, Sokoa et Somocap.
La démarche s'articule autour de trois axes opérationnels :
1) Cartographie et qualification des flux
Un diagnostic systématique des flux sortants a été mené auprès de 40 industriels du territoire. Il a permis d'identifier et de qualifier 900 tonnes de déchets plastiques : chutes de production, emballages de composants, films de. Parallèlement, des recycleurs nationaux ont été référencés afin de construire des boucles de collecte adaptées aux volumes mutualisés.
2) Lever les verrous de caractérisation
La phase de caractérisation inclut l'identification des résines (codes SPI), l'évaluation des niveaux de contamination et la compatibilité des flux avec les procédés de recyclage mécanique. Ces données conditionnent la valorisation effective des matières en Matières Plastiques Recyclées (MPR) conformes aux exigences industrielles.
3) Fabrication de pièces à partir de MPR en circuit court
La mise en œuvre industrielle est engagée : en partenariat avec EBL Plasturgie et Somocap, AGEC a lancé la fabrication d'un produit dont 100% des composants sont produits à partir de plastiques recyclés locaux. Les premiers prototypes ont été réalisés par impression 3D à partir de filaments issus de MPR, préalablement à une mise en production en injection plastique.
En 2025, l'ADEME Nouvelle-Aquitaine a attribué au projet une subvention de 180 000€ ; ce soutien institutionnel valide la robustesse méthodologique du projet et ouvre la voie à une montée en charge des boucles de recyclage identifiées.
Ce que le circuit court apporte aux industriels
IPARLA constitue un modèle reproductible d'écologie industrielle territoriale (EIT), fondé sur la proximité géographique des acteurs, la mutualisation logistique et la relocalisation des chaînes de valeur du recyclage. Les résultats du diagnostic en cours alimenteront une base de données territoriale des gisements plastiques, mise à disposition des recycleurs partenaires pour structurer des filières pérennes.
Pour AGEC, la participation à IPARLA s'inscrit dans une stratégie d'éco-conception produit intégrant l'usage de MPR comme matière première à part entière.
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